Toyota coupe le chauffage de 100 000 voitures électriques à distance : la polémique enfle en Allemagne

Le constructeur japonais vient de désactiver la pompe à chaleur de ses bZ4X et bZ3X vendus outre-Rhin. Résultat : jusqu’à 100 km d’autonomie perdus en plein hiver. Des propriétaires furieux préparent déjà des actions en justice.

Imaginez la scène. Vous montez dans votre Toyota bZ4X par une matinée glaciale de janvier. Vous lancez le chauffage et là, rien. Enfin si, un message sur votre application vous explique que Toyota a désactivé votre pompe à chaleur à distance pendant la nuit. Pour votre sécurité, paraît-il.

Cette mésaventure, plus de 100 000 automobilistes allemands la vivent depuis le 10 janvier dernier. Et les réactions oscillent entre incompréhension et colère froide.

Risque de surchauffe : Toyota préfère couper le chauffage

Le communiqué officiel de Toyota Deutschland joue la carte de la prudence extrême. En substance : le module de gestion de la pompe à chaleur peut, dans de rares cas, provoquer une surchauffe localisée. Plutôt que d’attendre un éventuel incident grave, le constructeur a choisi de neutraliser la fonction à distance via une mise à jour logicielle.

Aucun incendie n’a pourtant été signalé officiellement en Allemagne. Toyota agit donc par anticipation, une stratégie qui passe mal auprès des clients privés de chauffage efficace en plein cœur de l’hiver.

Les propriétaires concernés ont reçu un message push dans l’application MyT accompagné d’un email. Le contenu tient en trois points : la pompe à chaleur ne fonctionne plus, le chauffage reste disponible via une résistance électrique classique bien moins performante, et une campagne de réparation gratuite débutera au printemps 2026.

115 000 véhicules concernés en Europe

Les chiffres transmis par Toyota à l’autorité allemande KBA donnent le vertige. Environ 87 400 exemplaires du SUV bZ4X produits entre 2022 et 2024 sont touchés. À cela s’ajoutent 14 200 berlines bZ3X, vendues principalement en Chine mais importées en Allemagne, ainsi que quelques centaines de Lexus RZ450e.

Total pour l’Allemagne : entre 102 000 et 105 000 véhicules. En comptant l’Autriche, la Suisse, les Pays-Bas et la Belgique, le nombre grimpe à environ 115 000 voitures privées de pompe à chaleur cet hiver.

Jusqu’à 100 km d’autonomie en moins par grand froid

Désactiver la pompe à chaleur n’est pas anodin sur une voiture électrique. Ce système consomme entre 1,8 et 2,5 kWh aux cent kilomètres pour chauffer l’habitacle. La résistance électrique de secours, elle, avale entre 5,5 et 7,8 kWh selon la température extérieure.

Concrètement, sur un trajet de 100 kilomètres par moins cinq degrés, l’autonomie réelle passe d’environ 380 kilomètres à 280-310 kilomètres. Pour un conducteur bavarois ou rhénan qui parcourt 50 kilomètres quotidiens, cela représente une recharge supplémentaire tous les trois ou quatre jours.

Le confort en prend aussi un coup. La résistance chauffe lentement et de façon inégale. Les vitres restent embuées plus longtemps. Seuls les sièges chauffants et le volant chauffant permettent de supporter les trajets matinaux sans grelotter.

Les propriétaires voient rouge

Sur les forums allemands spécialisés comme motor-talk.de ou goingelectric.de, les témoignages rageurs s’accumulent. Un propriétaire de bZ4X raconte avoir perdu 80 à 100 kilomètres d’autonomie réelle du jour au lendemain sur une voiture payée 55 000 euros. Un autre affirme que Toyota lui aurait proposé un radiateur d’appoint portable pour l’habitacle en guise de solution temporaire.

Deux cabinets d’avocats spécialisés dans le droit automobile ont déjà lancé des procédures collectives contre Toyota Allemagne. Les plaignants réclament une indemnisation pour perte d’usage, la prise en charge des frais de location pendant la période sans chauffage efficace et une compensation pour la dépréciation de leur véhicule à la revente.

Un rappel déguisé pour éviter les gros titres ?

Juridiquement, la manœuvre de Toyota soulève des questions. En droit allemand et européen, un rappel officiel oblige le constructeur à communiquer publiquement et à fournir un véhicule de remplacement pendant toute la durée de l’intervention. En parlant de « mesure préventive temporaire » et en désactivant la fonction à distance, Toyota évite pour l’instant de déclencher cette procédure formelle.

Plusieurs juristes estiment cependant que cette stratégie pourrait être requalifiée en rappel déguisé si des cas de surchauffe réels venaient à être prouvés. Le constructeur s’exposerait alors à des amendes pouvant atteindre 5 % de son chiffre d’affaires mondial et à l’obligation rétroactive de fournir des voitures de courtoisie.

Et les propriétaires français dans tout ça ?

Toyota France reste discret pour l’instant. Sur les 12 800 bZ4X vendus dans l’Hexagone depuis 2022, environ 4 200 exemplaires embarquent la fameuse pompe à chaleur. La filiale française indique simplement que les clients concernés seront contactés individuellement dans les prochains jours.

Pas de désactivation à distance prévue pour le moment sur le marché français. En revanche, une campagne de contrôle gratuit des modules de chauffage serait déjà en préparation chez les concessionnaires.

Un avertissement pour toute l’industrie électrique

Cette affaire met en lumière une fragilité rarement évoquée. Les pompes à chaleur automobiles, bien qu’économes et efficaces, restent des systèmes complexes. Les premiers modèles sortis entre 2022 et 2024 essuient visiblement les plâtres.

Les constructeurs découvrent aussi le revers de la connectivité permanente. La possibilité de modifier un véhicule à distance ouvre des perspectives intéressantes pour corriger des bugs ou améliorer des fonctions. Mais quand cette même technologie sert à dégrader l’expérience client, la pilule passe beaucoup moins bien.

Pour les propriétaires allemands, l’hiver 2025-2026 s’annonce long et froid. Pour Toyota, la facture pourrait être salée si les tribunaux donnent raison aux plaignants.

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Faris Bouchaala
Faris Bouchaala
Faris Bouchaala est Directeur de publication et Rédacteur en chef de MotorsActu, média automobile français fondé en 2018. Journaliste automobile depuis plus de 14 ans, il couvre l’actualité automobile française et européenne, avec un focus sur les essais, les nouveautés constructeurs, l’électrification et les technologies embarquées.

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